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Premières Nations: Virus, planète & tourisme

      


       

      LES VIRUS

A l’arrivée de Colomb en 1492  en Amérique (492 ans après les Vikings à Terre-Neuve!), il y avait 100 millions d’autochtones.  Une majorité furent décimés (estimé à 93% en 1900) en grande partie par les maladies provenant de l’Ancien monde et contre lesquelles les «Premières Nations » n’avaient pas développé d’immunité : la grippe, la peste bubonique, la fièvre jaune, la variole et le paludisme.

En 1535, Jacques Cartier et ses hommes à Cap-Rouge près de Québec infectent les Iroquoiens de la place et plusieurs en meurent contrairement aux Européens qui ne saisissaient pas qu’ils en  étaient la cause. C’était la variole.   

En 1763, Lord Amherst, commandant en chef de l’armée britannique en Amérique , ordonnait à l’un de ses colonels d’utiliser des couvertures infectées par la variole : « Vous feriez bien d'essayer d'infecter les Indiens avec des couvertures, ou par toute autre méthode visant à exterminer cette race exécrable. » -

Aujourd’hui la peur des virus et des couvertures de laine est profondément incrustée dans la psyché amérindienne.  Plusieurs communautés autochtones du Québec ont décidé rapidement de demeurer fermées aux touristes cette année.  C’est une décision basée sur l’Histoire de leurs peuples.  

La crainte viscérale des Amérindiens de partout en Amérique, surtout ceux vivant en régions éloignées, face à COVID-19, s’explique également par le très grand respect de leurs ainés , (contrairement à nous Québécois),  mémoires vivantes de leur  culture;  la faible capacité des cliniques locales de santé; le grand nombre de personnes vivant sous un même toit et plusieurs maladies (ex: diabète) omniprésentes parmi les Autochtones, facteurs aggravants du Covid-19. J’ai été impressionné dès la mi-mars dernier, de voir dans des communautés telles que Rapid Lake dans la réserve faunique La Vérendrye ou Unamen Shipu en Basse-Côte-Nord que leurs premières actions sur le terrain furent pour protéger leurs Anciens. On est loin de stationnements à « Vieux «  que sont  nos CHSLD et ça en dit long sur le culte occidental de la jeunesse.  Leur stratégie de confinement fonctionne très bien pour le moment contrairement d’ailleurs à la plus grande réserve en Amérique: les Dinés (Navajos) couvrant 3 états américains du Sud-Ouest avec 163 000 Amérindiens et le taux de COVID-19 le plus élevé aux États-Unis causé par un taux de pauvreté incroyable et des conditions de logis  défaillantes.

   

LA PLANÈTE

La  crise sérieuse après ou même durant COVID-19 en sera une économique. Mais la véritable crise  qui définira si nos petits-enfants vivront  ou pas  - j’en suis convaincu  - la crise qui nous attend même DE NOTRE VIVANT, ce sont les changements climatiques.

Or, la compréhension, la saine gestion et la protection de la nature, ça fait près de 10 000 ans au Québec que les autochtones la pratiquent, l’acquièrent. Cette connaissance et cette sagesse là existe encore, pas chez tous les Amérindiens mais parmi une majorité de  communautés.  La vision autochtone du monde est ainsi profondément liée à la relation entretenue avec le territoire. «  Il y a un lien physique et spirituel, profond et durable entre les autochtones et le territoire, le paysage, l’environnement et les ressources. Cette liaison au territoire est aussi un rapport aux ancêtres… » . tel que deux chercheuses le mentionnaient récemment.

La forêt et nos écosystèmes jouent un rôle essentiel pour l’avenir de notre planète.  Catherine Potvin de l’Université McGill est l’une des artisanes de la politique internationale de forêt dans le cadre de la lutte aux changements climatiques. Elle est tombée en amour avec le peuple Embera au Panama qui dépendent de leur forêt. «  Les liens étroits entre la forêt et le carbone. Les changements climatiques se manifestent par une augmentation du dioxyde de carbone. Pourtant, les plantes s’en alimentent et il est aussi l’élément constituant le tronc d’un arbre. La forêt sort et emmagasine le carbone, elle est un élément très important de la régulation du climat mondial ».

Comme au Québec, nous vivons dans deux mondes parallèles (Québécois et Autochtones); comme pour atténuer ce fossé, on devra nécessairement tenter de se comprendre et de reconnaître nos différences et, sans les nier, en faire le point de départ d’une conversation honnête pour construire des ponts; on devrait commencer par parler du territoire et comment on le protège en participant activement à sauver notre planète dans le respect de nos nations et en créant une nouvelle économie verte. Changements climatiques, une menace ? Certes mais une opportunité de dialogue constructif et de développement durable avec tous les habitants du territoire québécois.


LE TOURISME AUTOCHTONE

Dans le tourisme de l’après COVID-19, les activités et attraits rattachés à la culture autochtone vont prendre une place CENTRALE auprès de plus en plus de voyageurs internationaux pour les raisons suivantes :

 

  •  Le confinement durant COVID-19 et son introspection individuelle forcée va mener vers des voyages ayant du sens et se déroulant près de la Nature avec des séjours plus longs permettant ainsi de découvrir les régions éloignées du Québec;
  • Les valeurs traditionnelles amérindiennes de partage, de respect et d’échanges font contrepoids directement au tourisme de masse : un tourisme essentiellement superficiel et d’autoportraits alors que celui-ci était même avant COVID décrié par de nombreux touristes dont les jeunes générations;
  • L’offre touristique autochtone est souvent localisée dans des environnements naturels exceptionnels avec des éléments culturels forts;
  • Le leadership efficace et assumé des associations TAQ et ATAC depuis quelques années vont aider au développement du secteur;
  • Les ressources humaines ne manquent pas dans les communautés qui connaissent un taux de natalité élevé.

Il pourrait prendre une place aussi importante auprès des Québécois si une campagne nationale appuyé par le gouvernement du Québec invitait mes concitoyens  et surtout nos écoles à la rencontre via le tourisme, dans des communautés autochtones. Je crois à la force des échanges individuels pour changer le monde et nos perceptions.


Jean-Michel Perron

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Photo du masque: par les Bottes de l'Espoir (Atikuss) 

 

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