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Plan Saint-Laurent en tourisme : des pistes de réflexion pour le bonifier (2e partie)

Whale Jumping Above Sea Water

Plan Saint-Laurent en tourisme : des pistes de réflexion pour le bonifier (2e partie)

Un des éléments clés de la stratégie du Québec en tourisme est la mise en valeur du Saint-Laurent. Dans cette analyse succincte, le conseiller en tourisme Jean-Michel Perron, identifie deux enjeux de taille pour lequels il faut changer radicalement nos façons d’agir : les ressources humaines en région et le marketing touristique du Québec.

L’enjeu des ressources humaines en région devrait être considéré comme prioritaire pour le développement du tourisme au Québec, non seulement pour le St-Laurent mais dans toutes les régions. Le manque de ressources humaines compétentes et surtout  multifonctionnelles force de multiples attraits/activités à ne pouvoir opérer que quelques mois par année et de nombreuses opportunités d’affaires demeurent orphelines, faute d’entrepreneurs . Il faut aborder cet élément de multiples manières :

  • Former des ressources locales (lorsque disponibles) en continu;
  • Intéresser (par des incitatifs divers dont fiscaux) des travailleurs provenant des grands centres ou de l’Europe ou Afrique francophone à venir travailler en tourisme en région;
  • Les techniques ou les baccalauréats en tourisme ne suffisent pas à la réalité des régions. Il importe de former/accompagner d’actuels et de futurs entrepreneurs en tourisme d’une manière concrète et pratique sur le modèle de  l’École d’Entrepreneurship  de Beauce ou de mentorats d’une durée minimale de 3 ans.


Le marketing. Comment voulez-vous intéresser des  entreprises ou des entrepreneurs à investir en tourisme avec les faibles rendements offerts actuellement, faute d’achalandage élevé ?  Le «  Build it and they will come » ne peut fonctionner. L’approche depuis quelques années qui met l’accent principalement sur le développement de l’offre est une erreur stratégique. Certes, le développement des produits touristiques et leur mise à jour régulière sont la base mais insuffisants,  si en parallèle la mise en marché n’est pas optimisée. C’est ce que je soulignais par écrit à Tourisme Québec, la journée de la présentation du plan de développement touristique il y a quelques années…  Mais pas faire du marketing pour faire du marketing. Pas uniquement doubler le budget marketing actuel du Québec qui est de 57 M$ à 114 M$, mais bonifier (en plus de mieux se concerter) notre manière de se vendre. Cinq éléments doivent être considérés à cet effet:

  • Les Américains, notre principal marché extérieur, ne performe pas parce que les Américains, tout comme les Canadiens et les Québécois, trouvent peu différent et peu exotique le Québec. Comme je l’avais démontré en 2007 par des statistiques annuelles, les Américains voyagent plus depuis 2003 mais dans d’autres pays qu’ici. Il ne sert absolument à rien de payer plus de pub, d’acheter des mots clés, faire plus de salons ou de relations de presse aux USA et ailleurs dans le monde tant qu’on ne parviendra pas à changer cette perception du manque d’originalité. Bref, on nous trouve «  plate » et de plus, notre offre forfaitisée, avec une bonne valeur, n’est pas accessible sur le Web. La faible performance du tourisme dans la région de Québec en 2013 par opposition à la visibilité exceptionnelle de la ville de Québec dans les médias américains en 2013, tel que souligné par le consultant Daniel Gagnon, est très révélatrice de cet état de fait. Même si le positionnement/image de marque « Québec original » répond parfaitement à ce manque d’exotisme du Québec, encore faut-il livrer des expériences vraiment originales sur le terrain d’où la nécessité de faire ressortir nos éléments d’unicité. Il faut donc trouver et tester les façons de faire pour « allumer » en priorité les Américains … ;
  • Il faut forfaitiser la destination et cesser de ne faire que du positionnement. Même si on attire l’attention des clients potentiels, ce n’est pas assez, il faut qu’ils passent à l’acte de réservation.  Nos clients potentiels n’ont pas de temps à perdre à créer leurs forfaits…l’offre doit être accessible non seulement chez les réceptifs, les TO et agences en Europe, mais dans les OTA (agences en ligne, telle qu’Expédia);
  • Maximiser l’accès aérien vers le Québec. Pour rendre accessible le Québec, faut que l’Américain, le Canadien ou l’Européen obtienne un excellent rapport qualité/prix avec du choix de dates et de forfaits. Avec les principaux transporteurs réguliers et nolisés internationaux vers le Québec, il faut mieux «  packager » le Québec et faire des promotions performantes «  clé en main » qui démontrent que le Québec est accessible;
  • Le ROC et les États-Unis sont nos marchés prioritaires suivis de l’Europe dont principalement la France, UK et l’Allemagne. Pour les marchés émergents, on devrait se concentrer sur le Mexique et le Brésil, car nous pouvons nous distinguer sur ces deux marchés, plus facilement que pour la Chine, l’Inde ou la Russie… Et l’enjeu des visas pour les touristes mexicains va se résoudre probablement à la prochaine élection s’il y a un changement bénéfique de gouvernement.  
  • Toutes les destinations nordiques (comme le Québec incluant Montréal, sa porte d’entrée principale) souffrent de l’attrait du tourisme de masse qui se concentre l’été aux États-Unis pour l’Amérique du Nord et en Europe centrale pour les pays scandinaves. Autant le Québec et que les pays scandinaves performent mal actuellement l’été dans ce contexte. Une alliance concertée du tourisme nordique comme alternative au tourisme de masse centralisé au cœur des continents, devrait être conçue en partenariat avec la Scandinavie, le Canada et l’Alaska. Avec le réchauffement climatique, les destinations nordiques vont devenir dans les deux sens du terme, rafraîchissantes.  On parle ici d’une approche à moyen terme évidemment.

Jean-Michel Perron

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