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Paule & Benoit : le couple visionnaire de Piopolis

 

Tout près du lac Mégantic, dans leur vaste forêt mature, deux entrepreneurs touristiques passionnés se sentent moins seuls depuis quelque temps. C’est qu’au début du projet «Hébergement aux Cinq Sens» en 2009, l’offre d’hébergements insolites en yourte sans électricité, ni eau courante était plutôt rare et perçue comme étant «écolo». Aujourd’hui, ils sont des leaders pour une approche durable d’une exploitation touristique en forêt. TourismExpress les a rencontrés.

Qu’est-ce qu’Hébergement aux Cinq Sens?

«C’est un lieu de ressourcement en forêt sur un site de 20 acres disposant d'une offre d'hébergements insolites à faible impact sur l'environnement et prônant les principes Sans Trace. Dans ce lieu préservé, situé au cœur d'une réserve de ciel étoilé, nous offrons à nos clients des activités immersives et de sensibilisation à la Nature.

Hébergement Aux Cinq Sens met de l'avant les valeurs de protection, de respect et de préservation de l'environnement.

Pour que nos bottines suivent nos babines, nous prêchons par l’exemple:

  • Nombre restreint d’hébergements permettant d’avoir son intimité et son espace en nature (respect de la capacité de charge et autosuffisance);
  • Respect des autres usagers, de l’environnement et des animaux sauvages (principes SansTrace et charte écoresponsable);
  • Participation du visiteur: transport des bagages (5 min de marche), gestion de ses déchets (compost/poubelle/recyclage) et de l'eau (eau potable, eau de pluie et eaux usées);
  • Impact minimal des feux avec une aire de feu commune par zone;
  • Impact minimal des installations: structures sur pieux sans machinerie, toilettes sèches à compost, petits sentiers aménagés dans une forêt préservée;
  • Utilisation de produits biodégradables, compostables et/ou recyclés dans l'entretien du site;
  • Utilisation des arbres tombés ou en difficulté sur le domaine pour le chauffage des yourtes et des installations.

Quels sont vos parcours professionnels?

Paule Rochette : récréologue, membre de la Nation Wendate, a travaillé pour plusieurs organismes à but non lucratif dans le domaine du plein air, du tourisme et des loisirs, agente de développement, etc.

Benoit Paquette : biologiste, il est passionné des sciences naturelles, dont l’astronomie, et a animé des groupes dès l’âge de 15 ans. Il se définit comme un créateur de contenus pour connecter les gens à la nature. «J’aime faire voyager les gens... en amenant les visiteurs hors des sentiers battus, au sens propre et figuré.»

Aux Cinq Sens a innové depuis quelques années dans sa transition durable. Comment?

             ONTARA : Un nouveau chalet écologique en 2023, isolé au chanvre, avec puit de surface et consommation électrique affichée en temps réel.

«Nous offrons depuis 5 ans l'expérience "Rencontre avec l’esprit de la forêt" à tous nos clients, qui leur permet d'en apprendre davantage sur l'écologie des forêts et sur les gestes à poser pour notre planète, tout en participant à l’équilibre des écosystèmes. Cette expérience en forêt, guidée et ponctuée de pauses d'interprétation, suivie d'une prestation d'un instrument (tambour ou flûte) permet aux visiteurs de se déposer dans ce lieu où le respect de la Nature prédomine, alors que la connexion à celle-ci prend forme. Les différents endroits aménagés en forêt permettent aux visiteurs de se déposer et de vivre un moment de quiétude, de ressourcement et de relation avec la Nature.

De plus, depuis trois ans nous travaillons sans relâche sur les différents aspects suivants:

  • Autonomie énergétique (panneaux solaires photovoltaïques, batteries recyclables, responsabilisation, etc.)
  • Autonomie alimentaire (serre solaire passive 4 saisons, jardin en permaculture, poulailler)
  • Utilisation responsable de l’eau (système de récupération d’eau de pluie, toilette sèche et à compost, puit des eaux usées)
  • Ajout d’habitations durables, saines et écoresponsables (bâtiment sain, minimum d’impact au sol, revégétalisation, orientation, matériaux de construction à faible emprunte sur l’environnement, etc.)
  • Apprentissage des plantes médicinales autochtones (parcours sur le site)
  • Meilleure utilisation des ressources et une diminution des déchets (réduire, réutiliser, recycler)
  • Utilisation du compostage et des produits lavables pour diminuer l’enfouissement de déchets et les GES»

Qu’est-ce qui vous a amenés à vous impliquer dans le volet durable? Vos motivations?

«Depuis que je suis toute petite, je veux protéger la Nature, préserver les milieux sauvages, sortir les gens de la ville pour venir jouer dehors en plein air, et cela m’a amenée, il y a 14 ans, à ouvrir une entreprise touristique où il existe une cohabitation harmonieuse entre les visiteurs, les habitants de la forêt et la Nature. Un respect mutuel s'installe lorsque nos clients découvrent le site, la charte écoresponsable, participent à la "Rencontre avec l’esprit de la forêt" puisqu’ils comprennent davantage le rôle qu'ils ont à jouer dans l’équilibre des écosystèmes et comprennent mieux la mission de l'entreprise. À la fin de leur séjour, ils rapportent leurs déchets (recyclage, compost, poubelle), gèrent leur eau usée (puit des eaux usées) et pensent au suivant en remettant le lieu propre pour les prochains clients.»

Pour Benoit, ses étés dans la forêt et aux abords d’un lac des Laurentides lorsque jeune, à passer des heures à observer la nature, l’ont sensibilisé.

«Les pratiques non durables m’ont naturellement interpellé, c’est aussi dans mon ADN, une certaine vision du monde. Le salut planétaire relié aux changements climatiques et à la perte de biodiversité n’est pas qu’uniquement dans le virage vert, mais dans un changement de mentalité, dans une autre façon de concevoir l’environnement. La nature, ça te nourrit, ça te comble et ça supporte ta vie, ton corps... ce sont les Premières Nations qui ont compris ça depuis longtemps. Il y a un lien de famille avec la Nature, on est tous ensemble, tout ce qui vit!»

Source : Hébergement Aux Cinq Sens

Être une entreprise autochtone change quelque chose dans votre démarche et/ou vos opérations?

«Ma grand-mère wendat est décédée à 97 ans. Je pense souvent à elle… Elle me donne de la force, du courage... pour continuer d’œuvrer pour la planète, pour les générations futures; ça donne un sens à mon quotidien. Pour moi, être autochtone, c’est comme si on m’avait passé le flambeau!»

Sentez-vous un réel intérêt du secteur autochtone à se transformer durablement? Est-ce que la démarche SHIPEKU aide en ce sens?

«Je sens que le projet Shipeku (de Tourisme Autochtone Québec) est venu éveiller les entrepreneurs autochtones dans leurs valeurs profondes. Ceux qui sont dans cette première cohorte veulent vraiment apporter des changements durables dans leur entreprise, même si ce n’est pas toujours facile et simple. Nous devons tous être les gardiens de notre Terre-Mère, c’est à nous de devenir des modèles...»

Vos efforts en durabilité sont-ils payants et appréciés par vos clientèles?

«On ne peut pas dire "payants"en terme monétaire pour l’instant.

À leur départ, la majorité de nos clients nous témoignent de leur grande appréciation et nous demandent de continuer à sensibiliser les gens et à préserver notre site naturel favorisant un contact unique avec la Nature. Ils sont éveillés à plusieurs choses et certains réfléchissent même à leurs projets futurs… de serre, de maison écologique, d’un système de récupération d’eau, de panneaux solaires, etc. On inspire, et c’est tant mieux!»

«Pour ce qui est de l’aspect monétaire, il faut vraiment voir les retombées à long terme de nos efforts en durabilité, car à court terme, ce n’est pas encore "tendance réelle" au Québec, mais ça le deviendra sûrement!»

Les principaux enjeux en tant que site d’hébergement touristique au Québec?

«Nous devons tenir compte de l’achalandage touristique, qui est variable d’une année à l’autre, des revenus qui varient aussi selon le contexte économique, mondial, etc., de l’ensemble des tâches à réaliser sur le site, des besoins financiers pour faire fonctionner l’entreprise, de l’entretien et de la mise à niveau des installations, etc. Nous n’avons ainsi pas d’employés réguliers; Paule et moi devons assumer le site qu’on a créé. Bref, comme les agriculteurs, c’est un métier à temps plein, pas un emploi.

Il faut trouver l’équilibre entre ton désir de développer, la part éducative que tu souhaites partager dans le cadre de séjours touristiques, ton impact environnemental, et calibrer le tout en fonction des attentes de ta clientèle...  L’entrepreneur doit décider jusqu’où il souhaite aller... La clientèle vraiment sensible aux enjeux écologiques ne représente qu’une portion de la clientèle touristique. Dans la réalité, plusieurs ne souhaitent pas recevoir de leçons en vacances. Il faut alors que tu sois ouvert...»

Votre position géographique est un atout ou un défi?

«Les deux...  L’endroit est plus retiré (peu de personnes connaissaient Piopolis en 2009!) et la région est encore préservée avec de beaux territoires sauvages, mais l’entreprise est plus éloignée que bien d’autres établissements d’hébergements en nature. Le bon côté, c’est que les gens qui viennent séjourner chez nous viennent vraiment pour vivre l’expérience que l’on propose…

Un exemple d’avantage? Nous offrons un atelier d’astronomie avec une qualité exceptionnelle "de ciel étoilé". Les gens sont estomaqués. La nuit, il y a un autre univers, aussi vaste que le jour... dans la réserve internationale de ciel étoilé».

Source : Hébergement aux Cinq Sens

Quels sont vos nouveaux projets/actions que vous entrevoyez cette année concernant le durable?

«Nous prenons une pause de développement d’infrastructures... on finalisera les projets entamés en 2022-2023. Pour quelques années, on mettra l’emphase sur les activités et les services que nous souhaitons proposer à la clientèle.

Nous souhaitons devenir humblement une vitrine de durabilité avec des mots simples pour rejoindre les gens. On rêverait de recevoir des PMEs en tourisme qui viendraient quelques jours s’inspirer en transition durable et être guidées... On est des gens de terrain. On enseigne en le faisant et on a le sens de la pédagogie…»

Dans l’avenir, le secteur touristique devra-t-il nécessairement décroître pour respecter la planète, ou vous avez confiance qu’on peut poursuivre la croissance tout en étant pleinement durable?

  • «Ne pas croitre en quantité, mais en qualité et en réseautage ; créer une famille d’entreprises et de services, maximiser l’utilisation de nos ressources, de nos biens, partager nos connaissances, etc. On se voit trop comme compétiteurs, il faut penser autrement!»
  • «Il serait important de se donner des limites par projet en priorisant la préservation de nos écosystèmes et la capacité de charge de notre site et de l’environnement…»
  • «Je ne sais pas si ce sera croissant ou décroissant... Il faut fragmenter le tourisme en îlots locaux... D’un côté, on souhaite un tourisme intégré qui respecte les lieux, les humains, la faune et la flore et... développer une intelligence durable dans le tourisme, dans nos voyages et nos vacances. On ne peut être contre le tourisme, c’est une dimension fondamentale de l’être humain. Ne plus voyager n’est pas la seule solution. N’oublions pas que le voyage, au réel sens du terme, ouvre l’esprit, permet l’échange et développe l’intelligence. Je crois que le voyage rend plus humain et il en sera toujours ainsi.»

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Merci Paule et Benoit d’être qui vous êtes : de véritables acteurs de changements.

Jean-MIchel Perron

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