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Plan Saint-Laurent en tourisme : des pistes de réflexion pour le bonifier (1ère partie)

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Plan Saint-Laurent en tourisme : des pistes de réflexion pour le bonifier

Un des éléments clés de la stratégie du Québec en tourisme est la mise en valeur du Saint-Laurent. Dans cette analyse succincte, le conseiller en tourisme Jean-Michel Perron, propose quelques éléments supplémentaires à considérer pour atteindre notre ambitieux objectif collectif, d’une croissance de 5% du tourisme par année.

Permettez-moi de saluer, au départ, tout le travail de qualité réalisé dans ce plan.
Sous les critères de la performance, de l’innovation et de la durabilité des actions, et avec la vision présentée ici de…. « Faire du Saint-Laurent une icône touristique de calibre international, qui fera la fierté des Québécois, jouira d’une notoriété auprès des clientèles étrangères et bénéficiera d’un développement durable aux retombées économiques considérables » ; j’apporte certains commentaires et suggestions afin de participer, bien humblement, à cette démarche.

Les pôles suggérés sont développés essentiellement autour des escales de croisières internationales et de l’axe Baie-Ste-Catherine/Tadoussac/Rivière-du-Loup. Il est essentiel de maintenir et de bonifier nos acquis, tel que le plan le recommande. Mais il faut tenir compte également des éléments suivants :

  • Certaines escales de croisières internationales possèdent un potentiel très limité en soi (calibre international), mais sont nécessaires afin de venir soutenir auprès des compagnies de croisières les ports d’embarquement/débarquement dont principalement celui de Québec;
  • La performance financière durable (investissement de fonds publics versus les retombées locales) reste à démontrer pour plusieurs escales, même à moyen terme. Avoir collectivement à soutenir à 100% le développement des infrastructures pour les croisières internationales alors que les compagnies minières assument, quant à elles, une bonne proportion, sinon 100% du coût de leurs infrastructures est révélateur du risque élevé que nous prenons collectivement;
  • Mettre l’emphase sur le développement uniquement des pôles mentionnés ne vient pas régler les enjeux touristiques pour certaines régions tel que précisé plus loin. Considérer ces enjeux est essentiel à la performance touristique et à la maximisation des impacts positifs locaux;
  • Le maximum de revenus et le maximum de visiteurs représentent une des multiples façons de mesurer une performance touristique. Pour réaliser un développement durable en région par le tourisme, les revenus par visiteur devraient être l’indicateur privilégié, car la venue intensive et saisonnière de grands navires dans des localités avec une faible population ne permettra pas de soutenir un développement qui maximise les retombées locales à terme.


L’élément le plus innovant,  prometteur et durable pour le Québec dans ce plan est sans contredit le volet des croisières fluviales qui devrait être priorisé rapidement (ça va prendre de 5 à 10 ans à mettre en place) au niveau de la recherche et d’un plan stratégique/d’affaires. Le comparable principal est ici la compagnie Hurtigruten de Norvège avec ses 12 navires de croisières/caboteurs, moyenne chacun de 650 passagers, tout ça avec une population de 5 millions de personnes…Nous n’avons pas les fjords et les hautes montagnes de la Norvège, mais nous avons des atouts différents et tout autant à fort potentiel international dont principalement à caractère culturel : Montréal, Québec, les régions, les communautés autochtones le long du fleuve (Mohawk, Abénakis, Wendate, Malécite, Innue, Micmaque)… Ces navires de croisières fluviales, de propriété québécoise, proviendraient de Montréal et pourraient, en faisant également du transport de marchandises, venir diminuer les coûts énormes du transport par camions sur nos routes.

Le N/M Bella Desgagnés,effectuant depuis 2013 la liaison Rimouski-Blanc-Sablon sur la Côte-Nord est un nouveau navire de 63 cabines et de 381 passagers a un potentiel élevé en été, mais encore plus en hiver avec une croisière nordique (aurores boréales, route Blanche en motoneige, glaces, blanchons en mars, etc.). Tout pour plaire à une clientèle américaine et européenne.
















Le tourisme nautique par les navigateurs de plaisance est présenté comme prioritaire dans les analyses à faire dans le plan. Intuitivement, à cause du degré de difficulté de navigabilité du fleuve, à cause du nombre restreint d’adeptes sur les marchés internationaux qui peuvent venir avec leur navire dans le St-Laurent, est-ce vraiment à considérer ?

Pour atteindre l’objectif très audacieux d’une croissance annuelle de 5%, faut mettre de l’avant les attraits uniques suivants (ici quelques exemples, ce n’est pas une liste exhaustive) qui peuvent permettre au Québec de réellement se distinguer :

  • Anticosti. Le rapport fait mention que c’est une Île mythique, mais aucune mention par la suite. Bien plus que ses 170 000 chevreuils, l’île est un joyau du Québec pour son potentiel écotouristique (rando, kayak, spéléologie, archéologie…). Son potentiel est très élevé à l’international autant que les Monts Torngat, mais plus accessible que ceux-ci. Déjà, à la dernière minute, le gouvernement libéral de l’époque avait retiré Anticosti du Plan Nord (alors que l’île est au nord du 49e parallèle) car je présume que  50% du territoire nordique dans le Plan Nord(Le Nord pour tous du Parti Québécois) devant être protégé,  cela aurait été contraire à la possibilité de faire 10 000 forages. Ne laissons pas aller ce bijou unique québécois;
  • Les icebergs du détroit de Belle-Isle (secteur Blanc-Sablon) qui fait partie du « Iceberg Alley » (voir l’outil de repérage des icebergs :  http://www.icebergfinder.com ). Nulle part ailleurs sur la planète, ne peut-on observer aussi facilement et en grand nombre les icebergs. Profitons des 30 prochaines années avant que tous les glaciers du Groenland soient fondus….
  • Les aurores boréales (attrait #1 des pays scandinaves);
  • Le « pôle » intermodal à fort potentiel de Blanc-Sablon, à la jonction de l’île de Terre-Neuve et du Labrador, à proximité du site du patrimoine mondial de l’Unesco : Red Bay;
  • Le passage intérieur du Rigolet, en eau profonde, à proximité du village et île typique d’Harrington Harbor (trottoirs de bois) est unique dans l’Est de l’Amérique. Il manque de hautes montagnes pour en faire un fjord, mais il n’en demeure pas moins, de par sa longueur, qu’il peut provoquer une expérience touristique unique, combiné avec les multiples attraits/activités uniques dans la région de la Basse-Côte-Nord;

Blanc Sablon













Sauf pour les navires de croisières internationaux, l’enjeu de l’accessibilité de la section Est du St-Laurent n’est pas mentionné. Ainsi, les éléments suivants devraient être priorisés :

  • On a beau parler de circuits entre les pôles dans ce plan, en ce qui concerne la Côte-Nord, le frein historique principal  au développement touristique demeure le fait que la route #138 est un «  cul-de-sac ». Trois priorités devraient être alors considérées :
  1. Liaison maritime saisonnière Havre St-Pierre/Port-Menier/Gaspésie;
  2. Continuation de la route #138 de Kegaska à Vieux-Fort près de Blanc-Sablon afin de participer à la grande boucle avec Terre-Neuve et les Maritimes et lien aérien, entretemps, à faible coût pour les voyageurs;
  3. Lien maritime rapide entre Harrington Harbor et St-Augustin
  • L’accessibilité aérienne, à coût raisonnable, vers la Gaspésie, la Côte-Nord et Anticosti doit être résolue pour prétendre développer durablement ces secteurs à l’international;


La deuxière partie du texte sera présentée demain.

Rédigé par Jean-Michel Perron, conseiller en tourisme. 

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